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Publié : 10 décembre 2015

Leni Riefenstahl, une femme au service de la propagande hitlérienne

Pour beaucoup d’élèves, travailler sur la propagande nazie se résume à des affiches ou des cartes postales à la gloire du Führer. Cependant, travailler sur les films de Leni Riefenstahl ouvre une vraie alternative pour l’épreuve d’Histoire des Arts.

Elle naît à Berlin le 22 août 1902.
Après un passage par la natation puis la gymnastique, à partir de 1918, elle prend des cours de peinture et de dessin à Berlin. Touche-à-tout, elle se lance aussi dans la danse classique et la danse moderne.

À partir de 1920, Leni Riefenstahl connaît un certain succès dans la danse et participe à diverses tournées en Allemagne, en Tchécoslovaquie et en Suisse. Danseuse solo, elle rencontre un énorme succès à Munich. Elle monte à Berlin (Deutsches Theater). Sa carrière se brise en 1924 par un accident lors d’un récital de danse. Elle dansera dès lors très rarement (chez Goebbels, en présence de Hitler en 1932). C’est ainsi que dès 1926, elle ouvre une nouvelle page à sa carrière. Elle est découverte par Arnold Fanck qui lui confie son premier rôle au cinéma dans le film La Montagne sacrée (Der heilige Berg). C’est le début d’une carrière relativement prolifique d’actrice de films de montagne.

Sa popularité auprès du public va grandissante grâce à de nombreux premiers rôles Le Grand Saut, L’Enfer blanc du Piz Palü ou L’Ivresse blanche.
C’est lors de son rôle de L’Enfer blanc en 1929 que Joseph Goebbels la découvre à l’écran. "Une merveilleuse enfant, pleine de grâce et de charme !"

En 1932, Goebbels la rencontre dans un hôtel berlinois qui sert de lieu de résidence habituel à Hitler. Il note dans son journal : « Très sympathique, intelligente et agréable personne. Nous conversons longtemps. Elle est très enthousiaste pour nous  ».

Peu à peu, elle passe derrière la caméra et la réalisation. Elle lance la « Leni Riefenstahl Produktion » en 1931 et réalise dès l’année suivante son premier film La Lumière bleue (Das blaue Licht), dans lequel elle tient le rôle principal. Ce film reçoit le Lion d’argent à la Mostra de Venise. Hitler salue ses talents de réalisatrice. Elle rencontre ce dernier en mai 1932 après avoir assisté à l’un de ses discours enflammés. La verve du Führer la met sous son charme. Elle décide de lui écrire.

Le 18 mai 1932, elle écrit à Hitler :
« Très honoré Monsieur Hitler,
Pour la première fois de ma vie, j’ai assisté voici peu à un meeting politique [...] au Sportpalast. Je dois avouer que votre personne et l’enthousiasme des spectateurs m’ont impressionnée. Je souhaiterais faire [...] votre connaissance, mais malheureusement je dois quitter l’Allemagne pour quelques mois [...]. C’est pourquoi une rencontre avec vous avant mon départ sera sans doute impossible [...]. Une réponse de votre part me réjouirait grandement.
Salutations
Leni Riefenstahl »

Peu à peu, une amitié se noue entre les deux protagonistes. Pourtant Hitler dit d’elle : "Artistiquement, elle est un génie, et politiquement, elle est une imbécile."

Lorsque Hitler est nommé chancelier, il demande à Leni Riefenstahl de filmer à Nuremberg les grands messes nazis. Elle produit La Victoire de la Foi (Sieg des Glaubens, 1933) et surtout Le Triomphe de la volonté (Triumph des Willens, 1934), ce film documentaire va révéler le talent de Riefensthal. Le Triomphe de la Volonté est l’un des plus grands documentaires de propagande jamais réalisés.

Au sommet de sa gloire en 1936, elle réalise Les Dieux du stade (Olympia), un documentaire sur les Jeux olympiques de Berlin. Elle exalte la virilité et la force martiale, notamment à travers l’esthétique du corps masculin athlétique et les différentes techniques de cadrage innovantes, l’utilisation du travelling, de caméras sur rails et de caméras sous-marines.

Mais, la profonde admiration qui lie les deux protagonistes tourne peu à peu à l’aigre. Ainsi en 1937, lors de la Journée de l’art allemand, Leni Riefenstahl se rend compte de la position des nazis vis-à-vis d’une certaine forme d’art, appelé par eux « Art dégénéré ». Elle décidera de ne plus travailler pour les nazis.
Elle dira à cet effet : « Incapable d’aucun jugement en politique, j’étais très concernée et compétente pour tout ce qui touchait à l’art. (…) Pour la première fois, je prenais conscience de l’énormité des erreurs possibles de Hitler. ».

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, elle devient correspondante de guerre. Elle assiste à l’exécution d’une trentaine d’otages Juifs, en septembre en Pologne. Elle filmera la parade victorieuse de Hitler dans Varsovie vaincue.

Lecture de la vidéo à partir de 6’14.

Lors du tournage de son film Tiefland, elle fait jouer des figurants Sintis et Roms issus d’un camp d’extermination. Ils seront tous exterminés à Auschwitz avant la fin de la guerre. Elle sera poursuivie par la justice allemande pour ces faits.

La politique de dénazification va mettre fin à sa carrière et elle sera plusieurs fois convoquée par la justice avant d’être acquittée.
Elle va abandonner le cinéma et se tourner vers la photographie.

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